LES MILIEUX NATURELS
La réserve naturelle a pour vocation de protéger des habitats naturels fluviaux, une faune et une flore exceptionnelle
ÉVALUATION DE LA VALEUR PATRIMONIALE :
DESCRIPTION DES HABITATS
extrait du diagnostic écologique réalisé pour le plan de gestion de la réserve naturelle, FATON J.M. (2002)
Documents cartographiques sur la végétation de la réserve naturelle des Ramières
Du fait de sa situation géographique, la réserve est soumise à diverses influences climatiques, continentales, méditerranéennes et même montagnardes. Ces facteurs climatiques, joints aux caractéristiques géomorphologiques et hydrologiques de la plaine alluviale de la Drôme, créent les conditions nécessaires pour le développement dune très grande diversité d'espèces végétales.
650 espèces végétales avaient été recensées, mais cet inventaire ne pourra jamais être vraiment complet, car les eaux de la rivière charrient des boutures et des graines arrachées au bassin versant de la Drôme et celles-ci, si les conditions leur sont favorables, peuvent s'installer sur le territoire de la réserve, soit temporairement, soit définitivement.
On compte notamment 103 espèces d'arbres et d'arbustes et arbrisseaux (ou phanérophytes) dans la réserve, soit les 2/3 de celles qui sont recensées dans le département de la Drôme. Ce grand nombre de phanérophytes englobe des espèces indigènes (* 77) et d'autres naturalisées (* 26). Ces dernières proviennent de graines et boutures d'espèces introduites par l'homme dans notre région et qui ont été transportées jusqu'à la Réserve par la rivière. Les deux espèces les mieux acclimatées aux Ramières et maintenant subspontanées sont le robinier faux acacia (Robinia pseudoacacia), originaire d'Amérique du Nord, et l'arbre aux papillons (Buddleja davidii), qui vient de Chine. La Réserve des Ramières comporte des espèces communes aux forêts alluviales de l'ensemble des Réserves fluviales et des espèces plus spécifiques. Parmi les espèces communes, on trouve : l'érable sycomore (Acer pseudoplatanus), le frêne commun (Fraxinus excelsior), le saule blanc (Salix alba), les peupliers blancs et noirs (Populus nigra et P. alba) et l'orme champêtre (Ulmus minor). Les autres espèces plus spécifiques aux Ramières sont : le frêne à feuilles étroites (Fraxinus angustifolia), le chêne pubescent (Quercus pubescens), l'érable de Montpellier (Acer monspessulanum), l'arbre à perruque (Cotinus coggygria), espèces plutôt méditerranéennes ; l'érable à feuilles d'obier (Acer opalus), le sapin blanc (Abies alba) et le hêtre (Fagus sylvatica) qui eux viennent de la montagne. Toutes ces essences sont généralement absentes dans les forêts non alluviales et il est donc crucial de conserver intactes les dernières reliques de ces forêts afin d'en préserver toute la diversité. A signaler la présence dune petite population de lOrme lisse (Ulmus laevis = Ulmus pedunculata). A l'écart de la ripisylve, en bordure du lit mineur mais hors d'atteinte des débordements intempestifs de la Drôme, des essences hygrophiles se développent abondamment, surtout dans les deux secteurs de tressage. On y trouve des saules arbustifs dits au port "en boule" : les saules drapés, pourpres et à trois étamines (Salix eleagnos, S. purpurea et S. triandra) qui résistent même dans le lit mineur, et des saules élancés, dont le saule blanc (Salix alba), qui se mêlent parfois aux essences forestières à condition que le sol soit très humide, de même pour les aulnes glutineux et blancs (Alnus glutinosa et A. alba).
En ce qui concerne les espèces herbacées, elles représentent la majorité des espèces végétales inventoriées. Du lit mineur à la ripisylve, les conditions stationnelles changent et plusieurs stades successionnels peuvent être observés parmi les groupements herbacés. L'un d'entre eux, les prairies sèches à orchidées, est remarquable par le grand nombre d'espèces rares, appartenant ou non à la famille des orchidées, que l'on peut y rencontrer. Les espèces protégées existant aux Ramières sont :
- Ophioglossum vulgatum * langue-de-serpent
- Typha minima * petite massette
- Ornithogalum nutans * étoile de Bethlehem
- Bombicilaena erecta * micrope érigé
- Cirsium monspessulanum * cirse de Montpellier
- Nigella galica * nigelle de France
a/ Groupements pionniers
Habitat correspondant selon la nomenclature Corine-biotope : 24.225
Cet habitat occupe plus de 165 ha sur le site. Dautres états aquatiques sont présents sur la réserve ; leurs surfaces sont variables en fonction des crues et des saisons.
Ces groupements comprennent le lit mouillé de la Drôme qui est caractérisé par son fond de galets grossiers et par labsence de végétation fixée. La végétation s'installe dans le lit mineur sur les bancs de galets et de sables. Ces milieux sont sans cesse remaniés par les crues qui apportent des éléments fins permettant le semi de végétaux pionniers qui favorisent alors la sédimentation des sables. Les espèces typiques des milieux graveleux de la réserve sont Bidens tripartita (le chanvre d'eau), Polygonum persicaria (la renouée) et Ambrosia artemisiifolia (l'Ambroise). Parmi les espèces compagnes, on peut citer de nombreuses herbacées telles que Arabis turrita, Brassica oleracea, Reseda lutea, Reseda phyteuma, Artemisia vulgaris, Alyssum allyssoides, Echium vulgare, Tussilago farfara, Artemisia verliotorum, Solanum dulcamara, Melilotus alba. Par ailleurs, de nombreuses espèces peuvent s'installer temporairement dans la réserve par l'intermédiaire de graines charriées par les eaux. Sur les dépôts les moins soumis à la submersion, l'accumulation d'éléments fins (argiles, limons) accroît la fertilité et permet l'implantation d'un grand nombre de plantules de peuplier noir (Populus nigra), colonisateur rapide de ces espaces libres. D'autres arbustes peuvent également s'implanter dans les parties les mieux protégées et les plus profondes du réseau de tressage à condition que ces milieux restent toujours humides ; il s'agit des saules avec essentiellement Salix purpurea et Salix eleagnos. Une espèce originaire de Chine : Buddleja davidii (arbre à papillon) maintenant subspontanée s'est particulièrement bien adaptée aux terrains sablo-caillouteux de la réserve et se mêle aux autres ligneux pionniers précédemment cités. D'une façon générale, le lit mineur est caractérisé par des sols nus alternants avec des poches plus profondes de sable consolidé et la végétation est plutôt de type herbacée avec un faible recouvrement, tandis que les ligneux, réduits au stade arbustif, sont rares.
Des groupements aquatiques associés peuvent se développer dans des bras secondaires délaissés par les crues. Ils sont alimentés au moins une partie de lannée par leau de la nappe phréatique alluviale. Ces milieux, alimentés par des sources, sont appelés localement des « Freydières ». Dans la Ramière amont, la freydière principale est située rive droite sur Eurre entre le pipeline aval et lentonnement des digues : Freydière des Rouets. Dans la Ramière aval, ces bras existent sur les deux rives : Freydière dAllex et Freydière de Grâne. Par extension, les canaux de la plaine alluviale (non soumis à la dynamique fluviale) sont également appelés Freydières sur Allex et sur Grâne. Ces canaux traversent la réserve sur Allex : Canal des Moulins, Canal des Noyers, Canal de Gouillasson. Les espèces typiques de ces habitats aquatiques sur des héliophytes et des hydrophytes sont les suivantes : Chara sp., Nasturtium officinale, Veronica anagallis-aquatica, Potamogeton x-fluitan, Potamogeton coloratus, Groenlandia densa, Alisma plantago-aquatica, Apium nodiflorum, Typha angustifolia
etc.
b/ Landes à Salix eleagnos, Salix purpurea et Populus nigra
Habitat correspondant : Saulaies pionnières (24.224)
Légèrement en retrait du lit vif, ou, au niveau d'îles individualisées par la séparation d'un des bras principal du cours d'eau, en 2 voire 3 sections à débit moins rapide, une lande de ligneux arbustifs peut s'implanter. La couche superficielle limono-sableuse peut, dans de tels endroits, atteindre 10 à15 cm d'épaisseur (d'après plusieurs sondages du sol réalisés à la tarière). En effet, les eaux de la rivière qui sont, soit plus calmes, soit trop éloignées de ces groupements, permettent l'accumulation de dépôts, quasiment autant sableux que limoneux, et non remaniés pendant quelque temps. Ces sols plus profonds et très humides accueillent alors des espèces hygrophiles arbustives, comme des saules au port "en boule", Salix eleagnos, Salix purpurea et Salix triandra, le peuplier noir et l'arbre à papillon. Les espèces herbacées accompagnant ces landes à saules comprennent entre autres Solidago glabra (la verge d'or), Pastinaca sativa, Equisetum palustre, Eupatorium cannabinum, Phalaris arundinacea, Angelica sylvestris, elles aussi indicatrices d'un milieu humide. De tels groupements peuvent bien sûr disparaître lors des crues les plus violentes de la Drôme, mais ils réapparaissent ensuite, soit à leur précédent emplacement, soit dans d'autres secteurs propices, nouvellement créés par la rivière.
c/ Saussaies à Salix alba
Habitat correspondant : Salicion albae (44.3S)
Ce type de groupement s'installe sur des dépôts sablo-limoneux pouvant atteindre 15 à 50 cm d'épaisseur en bordure du lit mineur de la Drôme. Bien que situés au-dessus des saulaies pionnières, ces milieux restent humides en raison de la proximité de la rivière et cela d'autant plus, qu'ils sont parfois soumis au passage de la crue. Le sol est suffisamment profond pour qu'une strate arborescente, composée essentiellement de Salix alba, Salix viminalis, Populus nigra mais étoffée par d'autres essences comme Populus alba, Fraxinus excelsior, Alnus glutinosa et par endroits Alnus incana, se développe. L'aulne blanc est moins tolérant que l'aulne glutineux aux sols hydromorphes, et fuit donc les dépressions du terrain qui favorisent, en se gorgeant d'eau, des conditions d'anoxie nuisibles aux racines. Une strate arbustive, assez pauvre, se maintient tout de même avec des espèces comme les saules au port "en boule", le cornouiller sanguin (Cornus sanguinea) et le fusain d'Europe (Evonymus europaeus). La strate herbacée se caractérise par des espèces nitrophiles liées à de petites cavités du sol où se concentrent les limons : Solidago glabra, Rumex crispus, Galium aparine, Urtica dioica, Eupatorium cannabinum... Cette strate regroupe également des espèces hygrophiles, dans les dépressions humides, telles que Carex pendula, Rubus caesius, Equisetum palustre, Typha latifolia... ainsi que des graminées, comme Phalaris arundinacea, qui sont également bien représentées.
d/ La forêt alluviale
Largement en retrait du lit mineur, le sol s'approfondit encore. Ces sols limono-argilo-sableux à dominante limoneuse sont très fertiles et leur épaisseur peut varier de 50 à 80 cm selon les endroits. Leur élaboration correspond à des crues très anciennes au cours desquelles de grandes quantités de matériaux ont été charriées. En effet, le lit de la rivière a changé plusieurs fois au cours des siècles et à chaque fois que la Drôme s'est retirée, elle a laissé derrière elle des terrasses alluviales riches en éléments fins et favorables à l'installation de la ripisylve.
Forêt mésohygrophile riche en espèces arborées : Frênaie à peuplier noir avec faciès à érables et à peupliers blancs
Habitat correspondant : Populion nigrae (44.3P)
Code Corine Intitulé de lhabitat Surface
44.3 Forêt alluviale résiduelle des rivières : Populion nigrae 99,0 ha
Sur sol profond, située à proximité du lit mineur mais en retrait des landes à saules et des saussaies, se développe une forêt riche en espèces arborescentes. Cette forêt peut être qualifiée de fraîche car elle bénéficie des crues les plus importantes de la Drôme et le sol riche en éléments fins permet une bonne rétention de l'eau. Ces conditions sont remplies par une zone située dans la Ramière amont, en rive droite, à l'entrée du secteur endigué et qui sur les photos aériennes de 1932 apparaît baignée par un bras de la Drôme. Cette forêt est dominée par le frêne (Fraxinus excelsior et F. angustifolia) et le peuplier noir, mais de nombreuses autres espèces sont fréquentes ; en particulier les érables : Acer campestre, Acer platanoïdes, Acer pseudoplatanus, Acer opalus et les peupliers blancs et grisards : Populus alba et Populus canescens. Ces derniers sont plus des espèces héliophiles que des espèces de milieux humides. Les peupliers blancs se sont maintenus dans cette forêt par multiplication végétative après s'être installés au stade pionnier. La strate arbustive est composée également d'espèces plutôt mésophiles : Ligustrum vulgare (troène), Crataegus monogyna (aubépine), Cornus sanguinea (cornouiller sanguin), Evonymus europaeus (fusain), Lonicera xylosteum, L. etrusca, L. japonica (chèvrefeuilles), Hedera helix (lierre), Clematis vitalba (clématite) et Humulus lupulus (houblon). L'érable de Montpellier (Acer monspessulanus), essence méridionale, se rencontre aussi dans cette formation végétale, les conditions climatiques auxquelles est soumise la réserve lui étant favorables.
Du point de vue dynamique, cette forêt évoluera plutôt vers une frênaie-chênaie pubescente. En effet, quelques chênes pubescents peuvent y être distingués, mais les conditions étant relativement favorables (humidité du sol), le frêne se maintiendra. Des faciès à érables et à peupliers noirs existent également.
Forêt mésoxérophile diversifiée : lande haute à frênes, robiniers et pins sylvestres
Habitat correspondant : Populion nigrae (44.3P)
Code Corine Intitulé de lhabitat Surface
Populion nigrae sec 28,2 ha
Loin du lit vif de la rivière, on trouve quelques espaces où le sol est moins épais (le substratum de graviers a été découvert à 25 cm environ grâce à la tarière), mais toujours constitué d'éléments fins. Les crues ny déposent que rarement leurs alluvions. L'ambiance est sans contexte moins humide que précédemment, mais des zones à molinie (Molinia coerulea) indiquent une relative fraîcheur résultant de la rétention des pluies hivernales et printanières. Par exemple, toujours dans la Ramière amont, en rive droite, non loin du secteur endigué, une telle zone a été découverte. L'étude des photos aériennes montre qu'en 1932, comme aujourd'hui, elle était hors d'atteinte des crues de la Drôme et il faut remonter jusqu'à 1818 pour voir sur le cadastre napoléonien qu'un bras de la rivière passait non loin de là. Le sol n'étant pas accessible aux divagations de la Drôme, est plus sec, mais son fort pouvoir de rétention lui permet de rester relativement frais. Ainsi la strate arborescente (assez peu développée mais en cours d'extension) présente une belle diversité de ligneux : Robinia pseudoacacia (espèce subspontanée originaire d'Amérique du Nord), Fraxinus excelsior, Pinus sylvestris, Acer platanoides, Populus alba et P. canescens (ces deux derniers étant beaucoup moins fréquents que dans la formation précédente). La strate arbustive est également bien développée : Cotinus coggygria (sumac), Lonicera xylosteum, L. etrusca, Ligustrum vulgare, Cornus sanguinea, Prunus mahaleb (bois de Sainte Lucie), Coronilla emerus, Crataegus monogyna et localement Salix eleagnos ainsi qu'Hyppophae rhamnoïdes (argousier). Les quelques saules présents le sont grâce à l'existence en 1818 d'un bras de la Drôme passant près de cette zone ; ils se sont alors installés puis se sont perpétués dans des dépressions plus fraîches retenant l'eau. Leur origine peut encore être plus ancienne et remonte à la fin du XVIIIème siècle (1774), date à laquelle on peut vérifier, sur le plan géométral, que le lit mineur de la Drôme occupait ce secteur. Ces espèces révèlent un milieu un peu plus sec (sumac, argousier, bois de Sainte Lucie...) ; indication qui se retrouve au niveau de la strate herbacée avec la présence du Sedum sexangulare, Potentilla neumanniana, Blackstonia perfoliata, Centaurea paniculata, Centaurium erythrea... Ces espèces se rencontrent dans des sortes de clairières qui sont en train d'être rapidement fermées par les ligneux. Le chêne pubescent apparaît ici à la fois dans la strate herbacée et arborescente et cette formation devrait, du point de vue dynamique, évoluer plutôt vers une chênaie mais toujours avec une bonne représentation du frêne. Le pin sylvestre présent en tant que semencier risque de ne pas se maintenir car cette espèce de lumière a du mal à faire face à la concurrence des autres ligneux. Localement, sous les strates arborescente et arbustive des deux derniers groupements décrits apparaît Brachypodium phoenicoïdes ce qui constitue également un bon indice de l'évolution de la ripisylve vers une chênaie pubescente.
Il faut également mettre en évidence le fait que la forêt mésoxérophile précédemment analysée ne peut être considérée comme un groupement parfaitement homogène et bien défini. En effet, cette lande haute à frênes, robiniers et pins sylvestres correspond plutôt à une mosaïque de petits groupements végétaux, étroitement imbriqués, et dont il est difficile de déterminer clairement quelles sont les espèces caractéristiques de l'un ou de l'autre. On peut notamment distinguer des prairies à molinie (habitat correspondant = Molinion (37.31) qui sont au moins au nombre de deux dans la zone étudiée, au niveau de la Ramière amont. Sur des sols argilo-limoneux humides et assez profonds (* 25 cm), un cortège d'herbacées typiques du Molinion a été observé, avec entre autres : Succisa pratensis, Ophioglossum vulgatum, Sanguisorba minor, Genista tinctoria et bien sûr Molinia coerulea... Ces espèces plutôt mésohygrophiles même hygrophiles s'opposent aux herbacées et arbustes des clairières sèches énumérés un peu plus haut (argousier, Sedum sexangulare, Potentilla neumanniana...). Tous ces habitats particuliers (landes à aubépines et argousiers, prairies à molinie, pelouses sèches) sont entremêlés avec de nombreux ligneux, en pleine expansion, qui les dissimulent. Il serait donc intéressant de mener une étude plus complète de ces groupements afin d'en révéler toute la richesse et la diversité écologique.
e/ Prairies alluviales : Lande xérophile à Populus nigra imbriquée avec une pelouse xérophile à Bromus erectus
Habitat correspondant : Festuco-brometea (34.3)
Quelques secteurs éloignés du lit mineur se caractérisent par des sols superficiels, très pauvres en éléments fins et constitués essentiellement de cailloutis calcaires. La nappe aquifère sous le sol caillouteux est située à une profondeur de 3 à 5 mètres. Une telle zone est présente dans la Ramière amont, en rive droite, à hauteur du pipeline situé non loin du canal du Merdary. Elle se caractérise par une strate arborescente très pauvre dominée par le chêne pubescent. La strate arbustive plus fournie est composée essentiellement du peuplier noir, du chêne pubescent et de quelques saules drapés. Leur présence en retrait du lit mineur s'explique comme précédemment par le fait qu'en 1932 (photos aériennes), cette zone était localisée dans le lit mineur de la Drôme, de même en 1818 (cadastre napoléonien) et en 1774 (plan géométral). L'absence de jeunes saules dans la strate herbacée confirme le caractère ancien de leur implantation. Par ailleurs, de jeunes peupliers noirs et d'autres plus âgés sont également présents, ce qui paraît surprenant sur un sol aussi sec ; mais cette espèce pionnière a pu s'implanter dans les dépressions humides les années de fortes pluies et résister ensuite grâce à sa faculté à développer de longues racines pour puiser l'eau en profondeur, d'autant plus que la concurrence d'autres ligneux est encore relativement faible. La strate herbacée, bien étendue, comprend un cortège de plantes xériques et méditerranéennes : Fumana procumbens, Cephalaria leucantha, Potentilla neumanniana, Astragalus monspessulanus, Lavandula latifolia, Centaurea paniculata, Argyrolobium argenteum, Helianthemum appeninum, caractéristiques d'un groupement décrit dans le document de cartographie écologique de l'Ain (1986) comme une pelouse xérophile à Bromus erectus. Cette pelouse est particulièrement bien épanouie le long du transect sous lequel passe le pipeline car ce dernier a été défriché en 1972. Dès que l'on sort de cette zone, on se retrouve dans une lande à Populus nigra avec une strate arbustive composée de nombreux phanérophytes : Salix eleagnos, Crataegus monogyna, Ligustrum vulgare, Lonicera xylosteum, Viburnum lantana, Rhamnus cathartica, Clematis vitalba... Dans cette lande, le développement de Quercus pubescens est très net et cette espèce prend le pas sur le peuplier noir et les autres arbustes. Le chêne pubescent apprécie ici le petit côté méridional de la Réserve, douceur climatique couplée à des précipitations annuelles relativement importantes (P = 900 mm).
Du point de vue dynamique, cette formation évoluera sans aucun doute vers une chênaie pubescente avec peut-être quelques frênes mais comme espèce compagne et non plus structurante.
Dans la Ramière aval sur la rive gauche, une zone, caractérisée par un sol caillouteux et une nappe un peu moins profonde (2 m environ), possède une végétation qui rappelle ce type de groupement. Cette zone, localisée en rive gauche, s'étend tout le long du secteur aval et prend une forme en croissant en retrait du lit mineur. Là aussi, on a affaire à une lande à Populus nigra où se mêlent de nombreuses essences plutôt xérophiles telles qu'Hyppophae rhamnoïdes, Amelanchier ovalis, Rhamnus alaternus. On y rencontre les mêmes espèces herbacées que celles précédemment citées (pelouse à Bromus erectus) et d'autres généralement plus inféodées au lit mineur. Par exemple, on trouve Salix eleagnos, Salix purpurea et des espèces carrément hygrophiles comme Salix alba, Alnus glutinosa et Alnus incana. La présence de ces espèces sur un tel type de sol peut paraître étonnante mais les photos aériennes de 1932 et 1972 montrent que la zone incriminée est située en plein dans le lit de la Drôme et que ce n'est qu'après les aménagements réalisés par l'entreprise Gravidrôme que cette zone a été coupée de la rivière. Depuis maintenant 20 ans, elle évolue dans une ambiance plus sèche et quelques chênes pubescents commencent à apparaître dans les strates herbacées et arbustives. Il est probable que dans quelques décennies cette zone ressemblera à celle décrite dans la Ramière amont.
Lande mésoxérophile à chêne pubescent
Il s'agit d'une zone de la Ramière amont, rive droite, localisée à l'entrée du secteur endigué et isolée de la ripisylve s'étendant dans le lit majeur, par cette même digue, construite vers 1820, et par une digue plus ancienne datant de 1750. Cette zone ayant approximativement la forme d'un triangle est caractérisée par un sol assez limoneux et moyennement profond, relativement sec du fait qu'il est coupé de la rivière mais dont la capacité à retenir l'eau est assez importante. Dans ce secteur, une plantation de platanes peut être observée et apparaît sur les photos aériennes de 1932, les arbres sont toujours vivants mais assez chétifs car ce milieu trop sec ne leur convient guère. La formation végétale de cet espace triangulaire correspond à une lande en train de se fermer rapidement avec l'émergence d'espèces héliophiles et mésoxérophiles telles que Pinus sylvestris, Quercus pubescens et Robinia pseudoacacia pour la strate arborescente et Genista scorpius, Cotinus coggygria, Crataegus monogyna, Cornus sanguinea, Prunus mahaleb, Lonicera etrusca, Ligustrum vulgare pour la strate arbustive. Par endroits, des clairières présentent des herbacées elles aussi xérophiles comme Genista tinctoria, Inula salicina, Teucrium polium, Dorycnium hirsutum, Dorycnium subfruticosum, Scutellaria galericulata, Festuca ovina, Catananche coerulea et Molinia coerulea indicatrice d'une bonne rétention de l'eau par le sol.
Dans ces pelouses apparaissent des orchidées du genre Orchis et Ophrys mêlées aux sédums ce qui confère à ces milieux secs, ouverts, une grande importance botanique. Cet endroit n'est pas le seul à accueillir les nombreuses espèces d'orchidées (17) recensées dans les Ramières. Ces plantes parfois si rares et toujours fascinantes ont été signalées dans cinq secteurs de la Réserve, mais pourraient être rencontrées dans d'autres recoins. Ces cinq zones se répartissent en majorité dans la Ramière amont au niveau du puits grillagé de la commune d'Eurre, de l'espace triangulaire jouxtant la zone endiguée, et de deux autres zones isolées au milieu de la ripisylve amont alors que dans la Ramière aval, seul un secteur localisé sur la commune de Grâne a été découvert. La plupart des orchidées observées appartiennent au genre Orchis telles l'orchis bouc (Himantoglossum hircinum), l'orchis militaire (Orchis militaris), l'orchis pyramidal appréciant les milieux très secs et ensoleillés (Anacamptis pyramidalis), l'orchis géant protégé (Barlia robertiana), l'orchis pourpre (Orchis purpurea) et l'orchis singe (Orchis simia). Le reste des orchidées regroupe quelques Ophrys : lophrys abeille (Ophrys apifera), lophrys frelon (Ophrys buciflora), lophrys bécasse (Ophrys scolopax) et lophrys mouche (Ophrys insectifera), mais également d'autres genres avec des espèces telles que : Cephalanthera rubra, Epipactis helleborine, Epipactis muelleri, Gymnadenia conopsea, Listera ovata, Limodorum abortivum et Platanthera bifolia.
Cette lande si on la laisse évoluer, tendra vers une chênaie pubescente, au vu de la belle régénération de cette espèce dans les strates herbacées et arbustives. Quelques îlots de pins sylvestres pourront se maintenir selon la présence ou non de semenciers dans l'environnement immédiat. Quelquefois des faciès à peupliers blancs dominent, ils résultent du maintien par drageonnage de jeunes plants pionniers s'étant installés lorsque cette zone vers 1818 était localisée à proximité d'un bras de la Drôme et soumise aux crues (sur le cadastre napoléonien, ce secteur est indiqué en tant que saulaie), ou encore plus tôt lorsque vers 1750, la zone était carrément incluse dans le lit mineur de la rivière (plan géométral, 1774). Les peupliers noirs eux sont totalement absents car ils préfèrent coloniser des sols caillouteux plus aérés que le sol limoneux existant et ne se sont donc pas maintenus.
Groupement post pionnier avec Populus alba et Robinia pseudo acacia
Ce secteur localisé non loin du précédent correspond à une large bande jouxtant la voie ferrée juste avant le puits grillagé de la commune dEurre. Le sol à dominante limono-argileuse est profond, le substratum caillouteux n'étant atteint qu'à partir de 35 à 110 cm d'épaisseur. Ceci n'est pas vraiment surprenant car lorsqu'on considère les photos aériennes de 1932, elles montrent que cette bande de forêts alluviales repose sur une ancienne prairie de fauche. Le sol est donc bien aéré, fertile et a une forte capacité à retenir l'eau. La ripisylve possède une strate arborescente bien développée avec les essences dominantes suivantes : Populus alba, Populus canescens, Acer platanoïdes, Acer campestre et Robinia pseudoacacia. Ces espèces héliophiles pionnières laissent progressivement la place au frêne qui apparaît nettement dans un sous-bois assez dense.
Ce groupement post pionnier qui s'est installé dans une ancienne prairie relativement fraîche va évoluer vers une frênaie à feuillus divers, avec 5 espèces d'érables par exemple. Par contre, la strate arborescente à Populus alba et robinier correspond plus à un stade de transition qui est en train de disparaître (très nombreux arbres morts). La raison de cette évolution réside peut-être dans le fait que la nappe aquifère relativement profonde dans ce secteur continue à descendre sous l'effet du processus d'incision ; les espèces hygrophiles telles que les peupliers souffrent alors du manque d'eau.
Documents cartographiques sur la végétation de la réserve naturelle des Ramières