a. Contexte géologique :
Les crêtes du Diois sont essentiellement constituées de calcaires durs et perméables du Jurassique et du Crétacé, la rivière sécoule très rapidement à lintérieur de bassins successifs dans lesquels affleurent des marnes aptiennes, valanguennes ou oxfordiennes. (marnes bleues). Le bassin versant de la Drôme est très sensible à lérosion produite par le ruissellement intensif.
La combinaison des paramètres climatiques et le contexte géologique du bassin versant expliquent le caractère torrentiel méditerranéen de la rivière lorsquelle débouche à Crest dans sa basse vallée ; sur 20 km jusquau Rhône, elle a constitué un vaste cône de déjection qui a rejeté le Rhône à lOuest contre les collines du Vivarais. Ce cône a formé la plaine alluviale de la Basse-Drôme.
Entre Crest et le Rhône, la cluse rocheuse de Livron-Loriol forme un seuil naturel qui sépare le bassin alluvionnaire de Crest-Allex de celui de Livron-Loriol. Autour de la réserve, les versants laissent apparaître des formations géologiques des ères Tertiaires (Oligocène, Miocène, Pliocène) et Quaternaire.
Lensemble du territoire de la réserve naturelle repose sur un remplissage sédimentaire qui constitue la plaine alluviale de la rivière Drôme. Ce remplissage alluvionnaire se compose de galets calcaires roulés mélangés à lintérieur dune matrice sablo-limoneuse; Son épaisseur varie de 8 à 10 mètres
Sur les hauteurs de Eurre et Chabrillan, les terrains sont issus de la période Miocène (tertiaire), de 25 à 5 M.A., où sous un climat de type tropical méditerranéen, sest produit un gigantesque ensablement dune puissance de 400 à 500 mètres dépaisseur. Ces sables sont présents dans la réserve naturelle par les apports alluvionnaires des petits affluents de la Drôme : Merdary (Eurre), ruisseau St Pierre (Chabrillan), ruisseau de Riaille (Allex). À la fin de cette période, le Miocène marin est surmonté par des formations continentales caillouteuses (Monts Lagat et Mont Miery, Eurre et Upie).
Linstallation et le creusement du réseau hydrographique rhodanien sest produit il y a 5 M.A. (à la suite du soulèvement des Alpes). À cette époque, le confluent de la Drôme et du Rhône se situe plus au nord, entre Livron et Ambonil.
Au Pliocène, de 5 à 2 M.A., la mer envahit de nouveau la Vallée du Rhône et la Vallée de la Drôme. Le bassin de Crest constitue alors le golfe de la Drôme qui souvre sur le bras de mer situé entre Livron et Ambonil. Dans ce golfe, les trois quarts des dépôts sédimentaires (400 m.) sont constitués dargile et de marnes. Les argiles Pliocènes constituent le substratum de la plaine alluvionnaire des Ramières. Elles ont été exploitées autrefois, notamment sur Allex, par des briqueteries et la fabrication de poteries.
La période quaternaire va voir se succéder au moins 4 grandes périodes de glaciations. La basse vallée de la Drôme conserve les traces de ces phases glaciaires. Dans la réserve naturelle, les terrasses du Würm (70 000 ans) sont bien visibles sur Chabrillan (falaises de Chabrillan). Cette terrasse est recouverte de lss et de limons lssiques colluvés. Ces placages de limons fins transportés à lorigine par le vent à partir des vastes lits de la Drôme et du Rhône en climats périglaciaires se développent seulement en rive gauche de la Drôme. Sur Grâne, il a été découvert les restes dune industrie en silex taillé datée du Paléolithique supérieur Magdalénien (J.BROCHIER, Centre Archéologique de Valence, non publié). On a là les dernières traces de climat froid, alors que les troupeaux de grands herbivores (rennes, chevaux et bisons) occupent encore les plaines rhodaniennes offrant un paysage steppique couvert de quelques bosquets de pins et bouleaux.
b. Géologie dynamique : la plaine alluviale (voir également texte en annexe sur la dynamique fluviale)
Dans la période de 18 000 ans à 12 000 ans, les terrasses quaternaires sont fortement incisées par la rivière Drôme. Les premiers dépôts alluviaux commencent vers 10 000 ans avant nos jours. Selon BROCHIER (1994), les alluvionnements, composés essentiellement de limons et argiles, saccélèrent considérablement de 6000 ans à 5000 ans. Il se produit alors à la sortie du défilé de Livron, la formation dun gigantesque cône détritique dune surface denviron 4800 ha. Après 5000 ans, laccumulation est plus lente sans que lon puisse dire quil sagisse réellement dun ralentissement de lérosion ou de phénomènes propres à la morphologie du cône alluvial.
Bien quil soit difficile de faire la part des influences climatiques possibles, laction des premiers cultivateurs des montagnes drômoises semblent avoir eu une influence prépondérante dans laccélération des phénomènes érosifs dans le bassin versant de la Drôme au Chasséen (Néolithique moyen, Véme millénaire avant J.C.). La formation des bads lands sur marnes et des collines molassiques empâtées seraient à lorigine de lapport de matériaux alluvionnaires de la Drôme et conséquemment de lénorme appareil détritique dû à la Drôme et sépandant jusquaux collines du Vivarais.
Pendant le même temps, le bassin de Crest sest remblayé à la faveur de la sédimentation de la Drôme et de ses affluents (Saleine sur la rive droite et Grenette sur la rive gauche). Les colluvionnements en bas des pentes sont très importants, même pour les périodes récentes. Le niveau gallo-romain se trouve à 2,5 m. de profondeur au pied dAllex - Les Aures et à Crest.
Au cours de lhistoire, les hommes entretiendront une pression fluctuant entre moments de déprise et moments demprise sur le bassin versant. La stratigraphie du cône détritique de la rivière Drôme peut être lue comme un document important permettant de reconstituer lhistoire de notre paysage, du climat et de linfluence de lhomme. Son exploitation scientifique nen est quà ses débuts. (Daprès BROCHIER et al - 1991)
c. Pédologie
À loccasion dune étude sur les boisements dans la réserve naturelle en 1994, ROUX (L.) et LELIEVRE (V.) ont effectué environ 80 sondages (maille régulière de 200 m de côté) à laide dune tarière pédologique. Il sagit dune première approche qui a mis en évidence la forme influence de la pédologie sur le développement de la ripisylve.
En résumé, les sols sont généralement très superficiels à limage des bancs de galets de la Drôme. Les dépôts de sables et de limons se sont constitués lors de labandon de bras secondaires de la Drôme ou lors des inondations les plus fortes. Par exemple, la crue cinquantenale du 7 janvier 1994 a déposé une couche de limon de 1 à 2 centimètres dépaisseur sur environ des 3/4 des zones végétalisées de la réserve.
Laquifère est présent sur lensemble de la réserve à une profondeur maximale de 3 ou 4 mètres. Les végétaux nont pas systématiquement accès à cette réserve en raison de la granulométrie très forte qui limite les remontées capillaires et qui nest pas propice au développement de pivots racinaires.
La dynamique naturelle au service de la gestion d'un cours d'eau
Résumé
A l'état naturel, la rivière Drôme est un cours d'eau à forte charge de fond, typique des piémonts subméditerranéens. Son originalité tient à plusieurs caractéristiques : cours d'eau en tresses d'une longueur assez rare (106 km) pour les Alpes occidentales, absences de grands aménagements, fonctionnement hydrologique non perturbé, valeur écologique exceptionnelle de certains secteurs. Au total, par ses caractères paysagers, floristiques et faunistiques, la rivière et ses affluents contribuent à faire de la vallée un site remarquable aux potentialités tout à fait exceptionnelles.